samedi 27 juin 2026

Essai sur les femmes d'Arthur Schopenhauer


Deuxième incursion dans l'univers d'Arthur Schopenhauer avec l'Essai sur les femmes (Über die Weiber), publié en 1851 au sein de son recueil Parerga et Paralipomena. Ce texte court concentre les positions les plus ouvertement misogynes du philosophe allemand, qui applique sa métaphysique du vouloir-vivre à une justification pseudo-rationnelle de l'infériorité juridique, intellectuelle et morale des femmes. Deux livres lus ne me permettent pas de juger de l'œuvre du grand philosophe, sachant que son de la réputation ne m'avait que moyennement transporté, et voici donc mon rendu.


La grille de lecture schopenhauerienne sombre ici dans un réductionnisme caricatural, où la femme est dépouillée de toute individualité pour n'être définie que comme un instrument aveugle de la nature. En affirmant que la nature a doté les femmes de la ruse et de la dissimulation pour compenser leur manque de force physique et de raison pure, le philosophe enferme la moitié de l'humanité dans une essence purement biologique et utilitaire. J'observe avec consternation comment cette pensée, que je supposais lucide sur les illusions de l'existence, renonce à toute rigueur scientifique pour valider les préjugés les plus outranciers de son époque sous couvert de pseudo-lois de l'espèce.

Une mauvaise foi intellectuelle flagrante innerve l'analyse des facultés cognitives féminines, que l'auteur qualifie de structurellement limitées au présent et aux détails immédiats. En leur refusant la capacité d'abstraction, le sens de la justice ou une véritable réceptivité aux arts majeurs, il construit un portrait-robot d'une injustice flagrante, totalement aveugle aux conditions d'éducation de son siècle. Cette partialité affaiblit considérablement la portée de son postulat, révélant que le grand contempteur des illusions humaines était lui-même le prisonnier volontaire d'un ressentiment personnel érigé en dogme philosophique.

Une régression juridique et sociale majeure caractérise ce pamphlet, dans lequel Schopenhauer s'attaque de front aux acquis de la modernité et au statut de la femme européenne. Sa philippique contre ce qu'il appelle la "dame" occidentale, créature gâtée qui usurperait des droits sans assumer de devoirs, débouche sur un éloge à peine voilé des modèles patriarcaux les plus restrictifs, y compris la polygamie mormone et orientale . J'ai trouvé particulièrement pénible cette tentative de théoriser la minorité perpétuelle des femmes, l'auteur poussant le cynisme jusqu'à contester leur aptitude à hériter ou à gérer des biens au nom d'une prétendue prodigalité innée.

L'indigence des arguments historiques avancés frappe le lecteur contemporain, Schopenhauer accumulant les anecdotes douteuses et les généralisations abusives pour justifier la subordination domestique. Pétri de la véracité de ses arguments, Schopenhauer fait usage de sa plus belle plume qui prend ici les accents d'un réquisitoire belliqueux et mesquin, où la peur de la déchéance sociale et le mépris du mariage dictent chaque paragraphe. En refermant ce texte d'une amertume stérile, d'une incommensurable stupidité, je me demande si certaines femmes bien inspirées et clairvoyantes n'ont pas exercé leurs droits de retrait, à la vue de ce personnage au physique peu engageant créant chez Schopenhauer une forme de souffrance, et je mesure à quel point la philosophie peut s'égarer lorsqu'elle quitte le terrain de la spéculation métaphysique pour servir de caution à la stigmatisation et à la médiocrité des pensées misogynes.

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