mercredi 29 juillet 2026

Deux soeurs de David Foenkinos


De retour chez Foenkinos, dans son univers foisonnant, avec Deux sœurs publié en 2019 chez Gallimard

 La force du livre réside dans la précision avec laquelle Foenkinos décrit la sidération provoquée par la séparation. Une simple phrase d'Étienne suffit à démolir le quotidien de Mathilde et à occuper tout son esprit, transformant sa vie en une routine mécanique. Cette peinture du chagrin d'amour, où la souffrance efface le passé au point de rendre l'héroïne étrangère à elle-même, touche par la sobriété et la vérité de son constat.

Au-delà du choc de la rupture, le texte excelle à saisir l'isolement face à l'impossibilité de gouverner le cœur d'autrui. La prose traduit sans emphase cette mécanique violente où les blessures anciennes resurgissent sous l'impact du présent, le départ d'Étienne résonnant comme l'écho douloureux de deuils mal cicatrisés. J'aime la description de ce vide profond où l'héroïne cherche à se convaincre qu'il faut se taire et accepter, confrontée à l'évidence d'un temps qui s'écoule sans rien apaiser.


Ce basculement progressif du drame intime vers les codes du thriller psychologique m'apparaît toutefois nettement moins convaincant. L'installation de Mathilde dans l'appartement familial d'Agathe donne lieu à un huis clos aux ressorts dramatiques un peu artificiels, où la métamorphose du chagrin en une noirceur glaçante survient de manière précipitée. En forçant la dérive de son personnage vers l'obsession morbide et la jalousie paranoïaque, le roman s'appuie sur des ficelles narratives balisées qui entament la subtilité du propos initial.

Un regret subsiste quant au traitement des personnages secondaires, réduits à des rôles de composition un peu rigides. Le foyer d'Agathe et Frédéric, dépeint comme un havre d'harmonie sans ombre, sert de contrepoint presque trop parfait pour accentuer par contraste la détresse de la jeune femme. Cette opposition tranchée entre les vainqueurs et les vaincus installe une dualité trop démonstrative, transformant la déchéance de Mathilde en une expérience de laboratoire où la folie manque d'une véritable progression organique.

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