J'ai trouvé une réelle force dans la texture vivante et rythmée qu'Olivia Ruiz donne aux premiers chapitres de ce roadtrip. Le projet de Lola, consistant à s'extirper d'une routine de performance pour offrir une éducation par l'espace à son fils Ennio. L'écriture capte avec grâce le soin minutieux, presque excessif, qu'une mère déploie pour protéger son enfant, le voyage agissant ici comme un miroir où les générations apprennent enfin à s'écouter sans le filtre des obligations quotidiennes.
Je me suis laissé emporter au long de ce périple, à La Havane, dans le pèlerinage à Marseillette et les confrontations mémorielles de ces rencontres madrilènes, dans ces moments de retour aux origines, face aux silences et aux fractures de l'histoire familiale. C'est dans ces moments que le roman acquiert sa véritable légitimité, sa véritable épaisseur, quand il montre comment la reconquête de la confiance passe par la difficile réparation des branches toxiques de l'arbre généalogique. La plume de l'autrice s'avère ici touchante, dépouillée d'artifices, attentive à la façon dont un enfant et sa mère font leur propre histoire en s'accordant le droit à l'erreur.
J'ai pourtant vite ressenti une forme de réserve devant la structure même de ce road trip, qui cède trop souvent à une logique d'accumulation de destinations de carte postale, de clichés et de stéréotypes réducteurs. En déplaçant ses personnages d'Orlando à Essaouira, puis de La Havane au Nil, le récit donne l'impression de courir après le dépaysement au détriment de l'épaisseur psychologique des personnages. Cette impression de survol permanent, de catalogue de souvenirs, empêche les rencontres de hasard de prendre corps, de s'installer dans la durée, transformant les escales en décors interchangeables où les personnages secondaires ne font que passer sans marquer les esprits.
Olivia Ruize utilise une sémantique de l'urgence un peu trop visible pour justifier ce besoin absolu de fabriquer des souvenirs à la minute près. À force de multiplier les déclarations d'amour fusionnelles et les avertissements métaphoriques sur les nuages qui font de l'ombre au soleil, le texte frôle la saturation et installe un système dramatique qui manque de retenue et donne le sentiment que le choix de cette fuite permanente autour du globe fonctionne plutôt comme une solution de facilité narrative, une manière d'esquiver la complexité d'un face-à-face familial au profit d'un mouvement perpétuel de circonstance.

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