Proposé par Fannos06, je pars à la découverte de Variations écarlates sur dix chansons cultes. Je suis séduit par l'idée de ce recueil qui se propose de lier des chansons populaires et des auteurs de renom, et qui réussit à déplacer notre imaginaire au-delà du texte. La rencontre entre la mélancolie mémorielle d'Aznavour et la plume virvoltante de Modiano fonctionne à merveille, transformant les souvenirs de jeunesse en une illusion nécessaire pour supporter la réalité du temps qui passe. J'aime la transposition de la détresse enfantine de Goldman sous la plume faussement naïve d'Émile Ajar, et je trouve que l'auteur témoigne d'une plaisante imagination, capable de faire dialoguer la culture populaire et la haute littérature avec une réelle acuité psychologique.
J'aime la plasticité du style qui épouse les ruptures de ton avec une belle agilité narrative, passant sans transition du cynisme contemporain à la noirceur organique des drames quotidiens. L'hommage à Céline s'avère particulièrement réussi dans sa peinture de l'avarice domestique, où le portrait de la mère distribuant la potée comme un poison au mitard atteint une force d'évocation saisissante. L'écriture montre une vraie droiture dans son refus de la parodie facile, préférant chercher les correspondances thématiques profondes et les échos produits par la disparition de l'innocence.
Il me semble pourtant que le concept, poussé sur dix variations distinctes, se heurte rapidement aux limites inhérentes à l'exercice du pastiche. À force de vouloir prêter à Céline la rancœur de Brel ou à Beigbeder les dérives de Michael Jackson, le texte prend par moments les dehors d'un laboratoire de langues un peu mécanique où l'habillage stylistique prime sur la nécessité interne des récits. Je regrette que cette surenchère dans l'intensité dramatique et la violence des états affectifs finisse par créer une forme de saturation, le lecteur voyant trop la ficelle de l'hommage littéraire au détriment d'une voix propre et singulière.
Le recours systématique à des situations extrêmes, comme cet engrenage de la folie où un personnage en vient à tuer son voisin pour des bruits de plafond à minuit, m'apparaît comme une solution de facilité pour justifier le qualificatif d'écarlate. La tension dramatique, au lieu de s'installer par glissements progressifs, s'impose par des chocs brutaux et des monologues parfois alambiqués sur le poids de la paternité ou de la célébrité. C'est le paradoxe de ce recueil qui, à force d'aligner les morceaux de bravoure formels, laisse l'impression d'un catalogue de performances brillantes mais artificiellement reliées entre elles.Merci à Fannos06 de m'avoir permis de découvrir ce recueil original, et cet auteur, dont le style ne manque pas d'originalité, mais dont l'accessibilité m'a semblé approximative.


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