jeudi 20 août 2026

Chaleur de Joseph Incardona

 
Couronné par le Prix du Polar romand en 2017, Chaleur de Joseph Incardona, auteur lausannois que j'affectionne, s'empare d'un fait divers authentique survenu lors du Championnat du monde de sauna à Heinola pour bâtir un huis clos suffocant. L'écrivain suisse, dont j'ai déjà commenté cette année Le cul entre deux chaises est souvent reconnu pour la noirceur sociale de ses intrigues, comme dans Derrière les panneaux, il y a des hommes, installe un duel singulier entre deux figures au bord du gouffre : Niko Tanner, colosse scandinave et vedette déclinante du cinéma pornographique, et Igor Azarov, ancien sous-marinier russe de soixante ans rongeant un cancer en phase terminale à coups d'injections de morphine. Le dispositif formel, marqué par une écriture sans fioritures et un rythme oppressant mimant la montée en température jusqu'à cent dix degrés, traduit avec efficacité la sensation d'étouffement et la lente dégradation physique des corps soumis à la vapeur brûlante sous le regard avide de la foule.
Cette mécanique implacable suscite toutefois chez moi une certaine réserve à mesure que le récit avance vers son dénouement. Si la mise en scène de cette compétition absurde met en lumière la vanité des défis modernes et la marchandisation du spectacle, les deux protagonistes restent cantonnés à des trajectoires hautement programmatiques. L'opposition entre l'ogre hédoniste en perte de vitesse et l'ascète russe mutique obéit à des archétypes très marqués du roman noir, dont les motivations psychologiques peinent parfois à dépasser le cadre d'un affrontement presque allégorique. À force de vouloir souligner le caractère dérisoire et tragique de cette soif d'absolu, le propos frôle par moments la caricature, me laissant dans une position d'observateur un peu distant face à cette démonstration de sueur et de chair abîmée.
Le livre offre indéniablement des moments de tension brute, servis par une langue directe qui va droit au fait sans s'encombrer de détours superflus. Pourtant, il me semble que cette brièveté et cette radicalité stylistique empêchent d'approfondir les failles intimes des personnages au-delà de leur simple résistance à la douleur. Ce texte m'a donné l'impression d'une fable sombre et grinçante, percutante sur le plan sensoriel, mais dont le schématisme dramatique et certains personnages trop caricaturaux m'ont dérouté.



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