Malgré l'intérêt que pouvait susciter la trajectoire d'une autrice passée d'une langue maternelle au français avec une remarquable maîtrise, comme en témoignent ses distinctions reçues à l'Académie française pour Moreno et Un cœur de trop, ce Petit éloge de la rupture m'a déçu par son manque de densité et de rigueur formelle. Né d'une panne d'ordinateur ayant entraîné la perte de ses fichiers en Toscane, le livre prend le prétexte de cet incident technique pour faire de la fragmentation son principe directeur. L'intention théorique semblait stimulante : transformer l'amputation de la mémoire numérique et les déchirures de l'existence en un éloge de la discontinuité. Malheureusement, ce parti pris débouche bien vite sur un assemblage hétéroclite de notes éparses, de conversations de salon et de digressions anecdotiques qui peinent à composer une réflexion solide.
Le fil narratif, censé tisser ensemble une rupture sentimentale vécue par SMS, le déchirement linguistique de l'exil slovène et des échanges avec des confrères comme Élisabeth Barillé ou Gil Courtemanche, tourne court. Les considérations astrologiques sur Uranus ou les pérégrinations à vélo vers la Bastille pour aller danser le tango relèvent davantage de l'égotisme facile que de la véritable recherche littéraire. On a l'impression d'assister aux coulisses d'un milieu germanopratin complaisant où l'on s'écoute écrire, sans que les drames intimes ne parviennent à acquérir une portée universelle. La rupture amicale entre écrivaines, réduite à une banale querelle d'ego et de vanités professionnelles, illustre les limites d'un texte qui effleure la gravité sans jamais accepter de s'y confronter durablement.
Ce court volume de commande donne en définitive le sentiment d'un carnet d'atelier publié à la hâte, où la désinvolture du ton tient lieu de profondeur philosophique. Si l'on devine en filigrane des thèmes déchirants, comme l'appréhension de la perte maternelle ou l'étrangeté de vivre dans une langue d'adoption, ils restent étouffés sous des pirouettes mondaines et un bavardage léger et insipide. Loin de constituer un véritable manifeste sur la coupure libératrice, l'ouvrage laisse le souvenir d'un exercice superficiel, vite lu et aussitôt oublié.



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