J'avais gardé en mémoire la grâce dépouillée qui avait fait le succès de Neige, Zen ou du Violon noir, ces fables brèves où Maxence Fermine ciselait une poétique du blanc avec la délicatesse d'un haïku. En ouvrant Le Chasseur de lumière, paru en février 2023 pour initier un cycle savoyard complété plus tard par Le soleil des cimes, j'espérais retrouver cette force d'évocation à travers l'expérience d'un hivernage solitaire dans la réserve naturelle des Contamines-Montjoie. L'intrigue met en scène William Winter, un photographe taciturne qui s'isole durant cinq mois dans un modeste chalet d'altitude au bord du lac Sentinel pour immortaliser la morte-saison. Malheureusement, ce cadre alpin majestueux ne suffit pas à sauver le livre d'un schématisme pesant : la rencontre avec un vieux bouquetin borgne baptisé Tâche de Neige et l'épreuve convenue du grand froid glissent rapidement vers une succession de stéréotypes bien plus proches de l'imagerie d'Épinal que de l'authentique littérature de montagne.
J'ai rapidement buté sur une surenchère de formules sentencieuses qui finissent par désincarner totalement le récit. En voulant prêter à son protagoniste des dons de chaman capable de dialoguer avec les arbres ou de se rêver en Indien d'Amérique face aux éléments, l'auteur plaque un vernis mystique artificiel sur des scènes qui manquent cruellement de vérité vécue. Les passages obligés du genre, de l'Opinel posé près du poêle à la fièvre délirante qui transforme la cabane en linceul, semblent obéir à un cahier des charges trop prévisible. La mort sacrificielle de l'animal sur le glacier, immédiatement suivie par l'apparition rédemptrice d'un jeune éterlou venu assurer la relève sous l'objectif du photographe, achève de faire basculer le dénouement dans un sentimentalisme appuyé qui m'a laissé totalement extérieur.

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