vendredi 17 juillet 2026

La liste de mes envies de Grégoire Delacourt


Je repoussais sans cesse la lecture de La liste de mes envies, le très beau succès de Grégoire Delacourt publié en 2012, où, à travers le portrait de Jocelyne, cette mercière d'Arras confrontée au vertige d'un gain colossal à la loterie, l'auteur signe une fable moderne d'une grande délicatesse sur la valeur de nos existences ordinaires et la fragilité de nos attachements.

J'aime le sens du détail de Grégoire Delacourt quand il peint le quotidien de Jocelyne, sa description d'un ordinaire banal, simple et heureux. Jocelyne, une héroïne du quotidien, qui ne cède pas aux sirènes d'une consommation frénétique, préférant dresser l'inventaire de ses besoins réels plutôt que de voir son univers basculer vers l'abstrait, préférant préserver un bonheur fait de petites choses et d'habitudes rassurantes.
J'aime cette tendresse qui émane des relations familiales, notamment lors des visites de Jocelyne à son père malade dont la mémoire vacille. Cette temporalité suspendue offre de savoureux moments de poésie où l'imagination devient le refuge de l'amour filial, permettant d'inventer chaque jour une vie nouvelle et valorisante à un vieil homme diminué. La prose de Delacourt, fluide et dénuée d'effets de manche, installe une atmosphère d'une grande pudeur qui donne à cette quête d'identité et de dignité une touchante résonance.


Ma lecture s'est portée sur les interrogations concrètes que soulève cette fortune inattendue, notamment à travers les listes que commence à rédiger Jocelyne. En différenciant ses besoins matériels de ses envies réelles, le texte pose une question intéressante sur ce que l'argent peut réellement apporter à une existence déjà construite. Cette attente silencieuse, où le secret pèse sur le couple, permet d'analyser avec beaucoup de retenue la peur du changement et la tentation d'une autre vie possible qui ne garantit pourtant aucun bonheur différent.

Les avertissements de la psychologue de la Française des Jeux introduisent une note de réalisme bienvenue sur les dangers psychologiques liés à un tel bouleversement financier. L'intrigue s'installe dans un huis clos domestique tendu, où le chèque devient le pivot invisible de l'histoire, changeant le regard que l'on porte sur les objets et sur l'avenir. Sans fioritures, mais avec lucidité, ce livre nous invite simplement à réfléchir à la fragilité de nos attachements et à la valeur de ce que nous possédons déjà.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire