lundi 6 juillet 2026

L'Émerveillement de Aurélie Valognes

Premier pas dans l'univers de Marie Valognes, autrice récemment mise en avant par Babelio pour l'édition audio de son : L'Émerveillement, paru courant mars aux éditions J.-C. Lattès.

J'ai été touché par la délicatesse, la douceur, de ce monologue d'un parent s'adressant à son nouveau-né luttant pour sa vie derrière la vitre d'une couveuse. Aurélie Valognes évoque les grandes étapes de sa vie, ses rapports familiaux, ses rapports aux humains, au monde, à l'amour et à la mer. La plume est fluide, toute en sensibilité, en anecdotes touchantes, en moments de vie, du quotidien.

Ma perception du roman s'est enrichie lors des passages sous-marins, la passion de Camille pour l'apnée et les cachalots insufflant un rythme contemplatif salvateur qui suspend agréablement le cours de la narration. Cette tentative de traduire le langage de l'océan et de le transmettre à l'enfant comme un héritage spirituel donne au livre une verticalité bienvenue, transmuant la parentalité en une passation de flambeau écologique et philosophique, dans une trajectoire douce, une incitation au ralentissement que j'ai reçue comme une parenthèse réconfortante, portée par une écriture légère qui sait capter la limpidité des sentiments purs.

Une certaine lassitude m'a pourtant envahi devant l'enchaînement de formules bienveillantes qui confinent parfois aux truismes du développement personnel, face aux références littéraires de confort. À force de répéter que l'émerveillement est la plus belle des armes et que la planète a simplement besoin d'être aimée, le récit tend à esquiver la rugosité du réel pour s'enfermer dans une bulle de douceur un peu factice. Je regrette que la crise écologique et le deuil de Morgan soient traités sur un ton si feutré, presque lissé, transformant des drames profonds en de jolis prétextes poétiques pour nourrir un monologue qui manque parfois d'aspérités et de véritable tension romanesque.

L'évolution d'Ambre, qui se transforme en une militante infatigable bousculant les tiédeurs de son parent, souffre d'une caractérisation trop programmatique pour me sembler convaincante. Les dialogues et les réflexions sur l'effondrement du monde capitaliste prennent parfois des allures de manifestes didactiques, soutien à une écologie de posture, où la fiction s'efface un peu trop sagement derrière la démonstration de bonnes intentions. En définitive, si je reconnais le talent d'Aurélie Valogne, l'honnêteté de ses intentions, de ses convictions, je suis resté en marge de cette apologie de la joie, partagé entre le plaisir d'une lecture consolatrice et le regret d'un texte qui privilégie à la fois candeur et naïveté en tentant de mêler histoire personnelle et préoccupations écologiques.

 

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