lundi 17 août 2026

Première neige sur le Mont Fuji de Yasunari Kawabata

 

La lecture de ce recueil de Yasunari Kawabata, premier auteur japonais couronné par le prix Nobel de littérature en 1968, procure une impression partagée entre l'admiration pour la finesse de son art sensoriel et un certain désappointement face à l'inertie dramatique de plusieurs textes. Dans la nouvelle éponyme, Première neige sur le mont Fuji, les retrouvailles fortuites entre Jirô et Utako, qui décident de fuir vers une auberge de Gora après les traumatismes de la guerre et un mariage brisé, révèlent toute la maîtrise de l'écrivain de l'École des sensations nouvelles. Le paysage embrumé, où la blancheur du volcan se confond avec les nuages d'automne, fait écho avec une infinie délicatesse au deuil indicible de leur enfant disparu et à l'impossibilité de ressusciter un sentiment enfui. J'aime Cette pudeur dans l'évocation des fêlures intimes, où chaque silence et chaque inflexion de voix portent le poids du passé, par petite touche, tout en évocation.

Pourtant, ce dépouillement poussé à l'extrême engendre par moments une distance émotionnelle, un certain ennui. Si des pièces comme En silence, explorant le mutisme volontaire du vieux romancier Ômiya Akifusa sous le regard de sa fille, fascinent par leur méditation sur les limites du langage, d'autres récits semblent s'égarer dans un hiératisme presque stérile. L'hermétisme de Terre natale ou le flottement domestique de Gouttes de pluie, malgré la justesse des observations sur l'usure du couple, laissent parfois une impression d'inachèvement et de froideur. Les personnages paraissent figés dans une contemplation distante, presque désincarnée, où le refus systématique du romanesque et de l'action vive finit par émousser la curiosité du lecteur et transformer la subtilité en exercice purement contemplatif.
Au terme de ce recueil, mon sentiment demeure donc nuancé. On ne peut qu'être sensible à cette poétique de l'impermanence et à cette attention portée aux infimes détails du quotidien, des ginkgos dénudés d'une rangée d'arbres aux effluves corporels de la jeune fille et son odeur. Mais cette écriture du fragment et de l'ellipse, si représentative de la mélancolie d'une certaine littérature japonaise, exige une disposition d'esprit constante pour ne pas glisser dans un sentiment de monotonie et d'inaccessibilité. 

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