lundi 13 juillet 2026

Les Règles du Mikado d'Erri De Luca


Publié en 2024 chez Gallimard, Les Règles du Mikado se présente sous les dehors familiers d'un conte de montagne avant de révéler un double fond romanesque tout à fait surprenant.

J'aime la première moitié de ce récit, ce huis clos nocturne sous la tente où Erri de Luca fait dialoguer la rationalité méticuleuse de l'horloger avec la perception sensitive de la jeune gitane. La métaphore du Mikado solitaire m'a paru d'une splendeur philosophique totale, le vieil homme élevant ce jeu au rang d'éthique absolue où chaque geste doit s'accomplir sans faire trembler les autres, à l'inverse d'échecs encombrés par la mémoire des coups passés. J'aime cette vision de la contemporanéité des âges et par cette poésie du dépouillement, où l'apprentissage de la liberté se paie au prix d'une longue chevelure coupée pour acheter un abécédaire face à l'immensité horizontale de la mer.
  

Une réelle déception m'a pourtant gagné lorsque le roman bascule, dans sa seconde partie, vers les révélations tardives du carnet intime et les rouages du contre-espionnage transfrontalier. À mes yeux, cette transition vers un réseau secret helvétique et des missions de recrutement parmi les réfugiés de guerre introduit une géométrie policière un peu trop artificielle, qui brise brutalement l'atmosphère suspendue et presque intemporelle du conte initial. Je regrette que l'auteur ait ressenti le besoin de justifier la présence du vieil homme en montagne par une fonction d'agent secret, ce double fond narratif un peu programmatique donnant l'impression que la poésie pure du Mikado s'efface au profit d'une intrigue de laboratoire dont les retournements finaux manquent de fluidité et de nécessité interne.


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