J'aime Tesson, le voyageur infatigable, l'écrivain érudit, le passeur d'émotions. Dans ce court recueil, je suis frappé par l'ancrage physique qui lie l'écrivain à l'édifice, perçu non comme un simple monument historique, mais comme un être vivant et généreux. L'évocation de ses ascensions clandestines dans la charpente, ses échanges à voix feutrée avec les Compagnons du devoir au milieu de la forêt de chêne, puis sa rééducation éprouvante après sa grave chute de 2014 montrent à quel point la structure gothique a servi de sanctuaire à sa propre reconstruction. L'effort consenti pour gravir chaque semaine les marches de la tour sud devient ici une discipline de vie où le corps meurtri cherche l'apaisement dans le dépassement de la douleur.
Au-delà du souvenir personnel, l'événement du brasier inspire à l'auteur une interrogation salutaire sur les faiblesses de notre époque et son rapport au sacré. La chute de la flèche de Viollet-le-Duc est analysée comme un avertissement adressé à une société amnésique, emportée par la vitesse, le culte de l'avenir et une confiance excessive dans sa propre technique. Sylvain Tesson, plus inspiré que ses confrères François Cheng ou Ken Follet, qui se sont, eux aussi, attaqués à la défense morale du monument, s'interroge avec gravité sur cet effondrement qu'il perçoit comme la conséquence d'un oubli collectif de l'histoire, suggérant avec une belle hauteur de vue qu'il faut voir dans l'édifice carbonisé et dans sa reconstruction expresse un signe du divin.


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