Pause estivale ou envie d'en savoir plus sur le personnage et son parcours par le biais d'une bande dessinée, une sorte de reportage-documentaire, inspirée, drôle et originale.
En suivant pas à pas le parcours de l'astronaute français, Marion Montaigne réussit le tour de force d'expliquer la complexité des missions en orbite sans jamais ennuyer son lecteur. Son talent s'exprime dans cette manière de démonter les clichés héroïques du cinéma hollywoodien pour montrer la réalité brute du séjour dans la station spatiale internationale, où la survie dépend autant de la mécanique orbitale que de la plomberie des toilettes spatiales. L'utilisation d'analogies concrètes et triviales permet de rendre intelligibles les contraintes thermiques ou le recyclage des fluides, offrant une vulgarisation d'une redoutable efficacité pédagogique.
Le trait vif, faussement naïf et expressif de la dessinatrice apporte une fraîcheur constante à cette chronique d'un séjour de plusieurs mois hors de l'atmosphère. L'accent mis sur les désagréments physiologiques, de la corvée du dentifrice avalé en impesanteur jusqu'au choc brutal de la gravité retrouvée lors de l'atterrissage dans les steppes, donne une épaisseur humaine palpable à cette épopée moderne. Cette façon d'aborder les exploits techniques par le prisme du corps fatigué et des petits riens du quotidien confère à l'ouvrage une indéniable force comique tout en célébrant la persévérance des scientifiques.
L'intérêt de l'album tient aussi à son regard acéré sur la machine administrative et les rituels entourant l'exploration spatiale contemporaine. Qu'il s'agisse des séances interminables sur logiciel de présentation à Cologne, de la diplomatie des pièces d'amarrage entre grandes puissances ou du flegme désabusé des couturières de la Cité des Étoiles, le récit croque avec une grande justesse les absurdités du système. Cette galerie de portraits montre la conquête des étoiles sous un angle résolument terrestre, peuplé d'ingénieurs dépassés et de protocoles rigides pris de court par l'imprévu.
L'autrice excelle également à dépeindre le contraste saisissant entre la discipline quasi monacale exigée durant sept années de préparation itinérante et les exigences banales de la vie privée. En confrontant l'entraînement de forçat aux tracas du quotidien, le scénario désamorce toute tentation hagiographique pour faire de l'astronaute un travailleur acharné plutôt qu'une icône intouchable. Cette mise en scène de la fatigue et de la réadaptation difficile face aux sollicitations médiatiques achève de faire de cette bande dessinée un formidable reportage d'utilité documentaire, et renforce, s'il est nécessaire, l'aura du principal protagoniste.
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